Témoignage de Marthe

Je ne saurais vraiment dire si les conseils évangéliques m’ont permis de me réaliser, mais ce que je puis affirmer c’est qu’ils ont été et sont encore pour moi un chemin de maturité, Un fruit ne peut acquérir sa pleine saveur que s’il murit correctement, je crois que c’est pareil pour nous autres humains, et les conseils évangéliques nous y aident.

J’aime bien ce mot de conseil, parce qu’il contient à la fois une part d’invitation et une part de liberté. Pour moi, prendre la voie de ce qu’on appelle les vœux de chasteté, pauvreté et obéissance c’est vouloir suivre le Christ d’aussi près que possible, avec ce que je suis, dans la vie concrète qui est la mienne, en essayant que ma vie relationnelle, que ce soit vis-à-vis des personnes, des biens ou du pouvoir, soit inspirée par ce que lui, Jésus a  vécu et nous a  montré comme exemple.

La relation aux autres, tout d’abord. La Chasteté, pour moi, c’est à la base considérer que je ne suis pas le tout du tout, que j’ai à  vivre en complémentarité avec mes frère en humanité et que je dois laisser chacun d’entre eux exister pleinement dans ce qu’il est profondément.  Pas si facile…. Accepter par exemple au travail que le ou la collègue ne soit pas disponible pour répondre à ma demande immédiatement alors que j’attends cela pour pouvoir poursuivre ma tâche me coûte souvent, mais j’ai peu à peu compris combien il était fondamental d’essayer de respecter la personne dans son rythme –même si elle est en train de faire une pause café…. A contrario, je réalise de plus en plus combien des sollicitations trop pressantes ou un trop grand désir de faire prévaloir mon opinion ou mes souhaits vont à l’encontre de cet attitude de profond respect vis-à vis de l’autre, qui implique une juste distance, dont je crois que Notre engagement au célibat radical devrait être le signe.

La relation aux biens, ensuite. Je ne me suis jamais sentie appelée, pour ma part à une pauvreté marquée, mais plutôt à  vive, sur le plan matériel, une vie comparable à  celle des gens de ma catégorie sociale. En évitant quand même les dépenses hors de propos. Quand une de mes collègues, avec qui je vais parfois au restaurant, m’a dit qu’elle avait envie d’aller un jour à la Tour d’Argent, je lui ai dit que ce serait sans moi…. J’essaie aussi de partager au plan pécuniaire par des dons ou des placements solidaires. Plus fondamentalement, je voudrais faire servir au mieux tout ce que j’ai à ma disposition, tant au plan matériel qu’immatériel. C’est un peu dans ce sens que j’ai entrepris de passer des concours pour progresser au plan professionnel. Il aurait sans doute été plus simple pour moi de rester sur mes acquis, mais j’avais vraiment le sentiment de risquer la sclérose…. La pauvreté pour moi, en cas de succès, sera d’accepter des responsabilités et des contraintes plus grandes, alors que de fait je gagnerai plus.

La pauvreté c’est aussi pour moi m’organiser pour être le moins possible à la charge des autres. Faire les apprentissages et utiliser les techniques qui me permettent d’être le plus autonome possible. Et ça aussi ça coûte, dans tous les sens du terme.

La relation au pouvoir, enfin. Pour moi, qui suis de caractère très indépendant, le mot d’obéissance n’a jamais sonné très agréablement à mes oreilles. Par contre, si on le prend au sens étymologique, ob-ouir, autrement dit, écouter et suivre les paroles de celui à  qui on fait confiance, c’est beaucoup plus parlant et positif.

Je distinguerai deux aspects, dans ma vie quotidienne et au sein de la Fraternité.

Accepter mes limites, accomplir fidèlement ce qu’on appelait son « devoir d’état », même si ça vous barbe, respecter l’autorité de la hiérarchie même quand on n’en pense pas moins, voilà ce que m’a appris et m’apprends encore le chemin de l’obéissance. Il ne s’agit pas d’être déresponsabilisée, mais au contraire de tenir pleinement sa place, en tant qu’individu responsable, sans chercher à s’en affranchir. Accepter de vivre avec un handicap n’a rien eu d’évident pour moi. Il y  a  eu des passages de violente révolte et de doute profond. C’est pourtant uniquement à partir du moment où j’ai pu un tant soit peu m’abandonner et faire confiance , que j’ai pu réellement recommencer à  avancer.  « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples et vous trouverez le repos ». Me rapprocher des associations d’aveugles et malvoyants s’est inscrite dans ce mouvement. Je n’y étais pas spontanément portée, mais c’était indispensable pour continuer à prendre au mieux ma place dans la société.

Au sein de notre Fraternité, le groupe local a pour chacune un rôle d’aide au discernement, c’est à dire que nous mettons notre vie sous le regard des autres pour qu’elles nous aident à  vérifier ce qui est en cohérence ou non avec les engagements que nous avons pris. J’ai à cœur de tenir compte de ce qui m’est dit, sachant qu’au bout du compte en cas de décision à prendre celle-ci m’appartient en dernier ressort. Là encore, je vis tout cela comme une éducation à la liberté et à  la responsabilité.

Notre institut attache une grande importance à la vie fraternelle. Celle-ci se révèle parfois exigeante, on n’a pas toujours envie de se rendre aux temps proposés ; ils sont pourtant, sur la durée, le rappel que notre vie n’est plus notre propriété exclusive et qu’il appartient à chacune de garder vivante la grâce de l’appel qui nous est commun. Ils sont donc indispensables pour ne pas se faire « son petit truc dans son coin ».

Mais au bout du compte, ces conseils sont trois balises qi éclairent le Chemin par excellence, qui est le Christ lui-même. Le suivre, c’est d’abord essayer de le laisser agir en nous par son Esprit. C’est d’ailleurs ce que dit notre formule d’engagements qui parle de « suivre le Christ pour le laisser transformer en nous toutes nos manières d’aimer, de posséder et d’agir ». Voilà des paroles que je me suis sentie capable de prononcer car il ne s’agissait pas d’abord de se surpasser, mais d’accueillir un don qui nous est proposé.

Marthe

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