Le Saint-Père recevait, vendredi le 26 août 1988,
les 350 participants au IVème Congrès Mondial des Instituts séculiers,
dans la cour du Palais pontifical de Castel Gandolfo.

Les congressistes, provenant de nombreux pays, représentaient environ 130 Instituts, et étaient accompagnés par le Cardinal Jean Jérôme Hamer, Préfet de la Congrégation pour les Religieux et les Instituts séculiers.

Très chers Frères et Sœurs des Instituts séculiers!

1. C’est avec une grande joie que je vous accueille à l’occasion de votre IVème Congrès Mondial et je vous remercie d’être venus si nombreux. Vous êtes les représentants qualifiés d’une réalité ecclésiale qui a été, tout particulièrement au cours de ce siècle, le signe d’une « manifestation » spéciale de l’Esprit Saint au sein de l’Église de Dieu. Les Instituts séculiers ont mis clairement en lumière la valeur de la consécration pour tous ceux qui œuvrent « dans le siècle », c’est-à-dire pour ceux qui s’insèrent dans les activités terrestres comme prêtres et surtout comme laïcs. Pour le laïcat, en particulier, l’histoire des Instituts séculiers marque une étape précieuse dans le développement de la doctrine concernant la nature particulière de l’apostolat laïc et la reconnaissance de la vocation universelle des fidèles à la sainteté et au service du Christ.

Votre mission se situe aujourd’hui dans la perspective renforcée d’une tradition théologique: il s’agit de la « consecratio mundi », qui consiste à ramener toutes choses vers le Christ, comme vers une Tête unique (cf. Ep 1,10), opérant de l’intérieur, dans la réalité terrestre.

Je me réjouis du thème choisi pour la présente Assemblée: « La mission des Instituts séculiers dans le monde de l’an 2000 ». C’est en réalité un argument complexe qui correspond aux espoirs et aux attentes de l’Église dans un futur proche.

Un tel programme est d’autant plus stimulant pour vous qu’il ouvre à votre vocation spécifique et à votre expérience spirituelle les horizons du troisième millénaire du Christ, pour vous aider à réaliser de manière toujours plus consciente votre appel à la sainteté vécu dans le siècle, et à collaborer, à travers la consécration vécue intérieurement et de façon authentique, à 1’œuvre de salut et d’évangélisation de tout le Peuple de Dieu.

2. Je salue le Cardinal Jean Jérôme Hamer, Préfet de la Congrégation pour les Religieux et les Instituts séculiers qui vous a entretenus des conclusions du récent Synode des Évêques et des conséquences que ces conclusions comportent pour votre communauté. Je salue tous les collaborateurs, les organisateurs et vous tous ici présents avec les Frères et les Sœurs des Instituts que vous représentez et j’adresse à tous ce souhait très cordial: que la présente Assemblée soit l’occasion de vivre une expérience profonde de communion ecclésiale, de solidarité, de grâce et de réconfort pour votre cheminement, qu’elle illumine d’une lumière particulière votre vocation spécifique.

3. L’impact du troisième millénaire de l’ère chrétienne est indubitablement stimulant pour tous ceux qui entendent dédier leur vie au bien et au progrès de l’humanité. Nous voudrions tous que l’ère nouvelle corresponde à l’image que le Créateur a voulu donner à l’humanité C’est Lui qui construit et fait avancer l’histoire en tant qu’histoire du salut pour les hommes de toutes les époques. C’est pourquoi chacun est appelé à s’engager pour qu’un nouveau chapitre de l’histoire de la Rédemption s’inscrive dans le nouveau millénaire.

Vous entendez contribuer à la sanctification du monde, de l’intérieur, « in saeculo viventes », agissant au plus intime des réalités terrestres, « praesertim ab intus », selon la loi de l’Église (cf. C.I.C., 710).

Bien qu’étant dans le siècle, vous êtes des consacrés. D’où l’originalité de votre tâche: vous êtes, de plein droit, des laïcs; mais vous êtes consacrés, vous êtes liés au Christ par une vocation spéciale, afin de le suivre de plus près, pour imiter sa condition de « Serviteur de Dieu », dans l’humilité des vœux de chasteté, pauvreté et obéissance.

4. Vous êtes conscients de partager avec tous les chrétiens la dignité d’être des fils de Dieu, membres vivants du Christ, incorporés à l’Église, investis par le Baptême du sacerdoce commun des fidèles. Mais vous avez aussi accueilli le message intrinsèquement connexe à cette dignité: celui de l’engagement à la sainteté, à la perfection de la charité; celui de répondre à l’appel des conseils évangéliques, dans lesquels s’accomplit le don de soi à Dieu et au Christ, d’un coeur sans réserve et dans un total abandon à la volonté et aux directives de l’Esprit. Vous réalisez cet engagement, non pas en vous séparant du monde, mais au sein des réalités complexes du travail, de la culture, des professions, des services sociaux de toute sorte. Ce qui signifie que vos activités professionnelles et les conditions dans lesquelles vous partagez le soin des réalités temporelles avec les autres laïcs seront le champ des épreuves, des défis, la croix mais aussi l’appel, la mission et le moment de grâce et de communion avec le Christ dans lequel se construit et se développe votre spiritualité.

Cela exige, comme vous le savez, un continuel progrès spirituel dans vos comportements vis-à-vis des hommes, des réalités et de l’histoire. Cela vous demande la capacité de ressentir, dans les petites comme dans les grandes vicissitudes du monde une présence, celle du Christ Sauveur qui chemine toujours près de l’homme, même quand celui-ci l’ignore ou le nie. Cela demande aussi une attention permanente pour ce qui est du domaine du salut dans la vie quotidienne afin de pouvoir les interpréter à la lumière de la foi et des principes chrétiens.

Par conséquent, cela exige de vous une union profonde avec l’Église, la fidélité à son ministère. Cela vous demande une adhésion totale, fidèle à sa pensée et à son message, résultant du lien spécial qui vous lie à elle.

Tout ceci ne signifie pas une diminution de la juste autonomie des laïcs dans l’ordre de la consécration au monde; il s’agit plutôt de la replacer dans sa lumière propre afin qu’elle ne s’affaiblisse pas en agissant isolément. La dynamique de votre mission, telle que vous l’entendez, loin d’être étrangère à la vie de l’Église, s’accomplit en union de charité avec elle.

5. Une autre exigence fondamentale est l’acceptation généreuse et consciente du mystère de la Croix. Chaque action ecclésiale est objectivement enracinée dans l’œuvre du salut, dans l’action rédemptrice du Christ et reçoit sa force du sacrifice du Seigneur, de son sang répandu sur la Croix. Le sacrifice du Christ, toujours présent dans la vie de l’Église, constitue sa force et son expérience, son don de grâce le plus mystérieux et le plus grand. L’Église sait bien que son histoire est une histoire d’abnégation et d’immolation.

Votre condition de laïcs consacrés vous fait expérimenter chaque jour combien cela est vrai dans le domaine des activités et de la mission que chacun de vous accomplit. Vous savez tout le dévouement qu’il faut pour lutter contre soi-même, contre le monde et ses concupiscences; mais c’est la seule façon d’atteindre cette vraie paix intérieure que le Christ seul peut et sait donner.

Cette vie évangélique, précisément parce qu’elle est souvent parcourue dans des conditions de solitude et de souffrance, est la voie qui vous donne l’espérance puisque, dans la Croix, vous êtes certains d’être en communion avec notre Rédempteur et Seigneur.

6. Que le contexte de la Croix ne vous décourage pas. I1 vous aidera et vous soutiendra pour propager l’œuvre de rédemption et porter la présence sanctificatrice du Christ parmi vos frères. Votre attitude en ce sens manifestera l’action providentielle de l’Esprit Saint qui « souffle où il veut » (Jn 3,8). Lui seul peut susciter les forces, les initiatives, les signes puissants par lesquels l’œuvre du Christ est réalisée.

La tâche d’étendre à toutes les œuvres de l’homme le don de la Rédemption est la mission que l’Esprit vous a donnée. C’est une mission sublime, elle exige du courage mais elle est toujours un motif de béatitude pour vous, si vous vivez en communion de charité avec le Christ et avec vos frères.

L’Église de l’an 2000 attend donc de vous une collaboration efficace tout au long du parcours difficile qui mène à la sanctification du monde.

Je souhaite que la rencontre présente fortifie profondément vos résolutions et illumine toujours plus vos cœurs.

Avec ces vœux, je vous donne à tous ma bénédiction apostolique, en l’étendant aux personnes et aux initiatives confiées à votre service ecclésial.