Congrégation pour les Religieux et les Instituts Séculiers (CRIS)
La Formation dans les Instituts Séculiers
(6 avril 1980)

PRÉSENTATION

1. Il importe de préciser que ces pages sur la formation n’entendent nullement donner un recueil de normes, mais offrir simplement une aide aux Instituts séculiers.

2. En décembre 1978, la Sacrée Congrégation pour les Religieux et Instituts séculiers a envoyé à tous les Instituts séculiers, en l’accompagnant d’un questionnaire, le résultat d’une « étude sur la formation » réalisée d’après divers textes constitutionnels. Les réponses à ce questionnaire ont été étudiées à leur tour: la majorité d’entre elles recevaient comme valable l’étude proposée; c’est pourquoi, le travail actuellement présenté, en garde la structure et la substance, même s’il a été corrigé, élargi et précisé par ces nombreux apports. Quant aux réponses qui s’éloignaient davantage de la ligne d’ensemble, on en a pris tout ce qui pouvait s’y intégrer, laissant seulement ce qui aurait nécessité une refonte radicale: et cela, soit parce que ces réponses reconnaissaient elles-mêmes la validité de la précédente étude, soit parce qu’il aurait fallu publier un matériel trop volumineux.

3. De même, on n’a pas repris certains traits, soulignés par tel ou tel Institut qui, les basant sur sa propre expérience ou son charisme, les retenait de ce fait comme essentiels, alors qu’il s’agit, en réalité, de caractères susceptibles de varier d’un Institut à l’autre.

4. Un tel préambule permet déjà d’entrevoir les limites de cette synthèse. On peut remarquer en particulier que le sujet ainsi traité porte encore avant tout sur les principes; ceux-ci néanmoins sont proposés une fois de plus parce que, tirés d’expériences et d’exigences concrètes, ils méritent qu’on s’emploie à les traduire également de manière concrète. D’où l’espérance nourrie à travers ces pages que les Instituts se sentent stimulés non seulement à soigner la formation comme il convient, mais aussi à recueillir et à communiquer leurs expériences positives pour qu’elles deviennent leçon pratique et patrimoine commun.

I.—VIE CHRÉTIENNE ET VOCATIONS SPÉCIFIQUES

5. La vie chrétienne, qui est vie théologale, exige de tous les baptisés un effort pour atteindre la perfection de la charité, selon la vocation particulière de chacun, dans la communauté ecclésiale.

6. Le fondement et le but d’une telle croissance, c’est Jésus-Christ: « … jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous » (Ga 4,19) afin que ce « grand amour (que) nous a donné le Père » parvienne « en nous à sa perfection » (1 Jn 3,1; 4,17); l’agent principal et le guide en est l’Esprit Saint: « … c’est lui qui vous conduira à la vérité tout entière » (Jn 16,13); le milieu normal, c’est l’Église, Corps du Christ; l’aliment et le soutien essentiels, ce sont les sacrements et la Parole de Dieu.

7. A l’intérieur de ce tableau, valable pour tous et toujours très exigeant, il faut parler de croissance selon les différentes vocations, donc avec des spécificités propres à chacune d’elles.

8. La vocation à une consécration séculière demande précisément que l’on tienne compte de son contenu théologique, de la situation – au sein du Peuple de Dieu et de la société civile – des personnes appelées à cette vie, comme aussi de l’organisation des Instituts.

II. – LES PRINCIPAUX PROBLEMES

9. Dans l’expérience des Instituts séculiers, l’activité de formation est confrontée à une série de problèmes que l’on peut résumer ainsi:

A. – Problèmes de caractère général

Ils résultent:

l. – du rythme accéléré des changements dans la société à tous ses niveaux, du rythme de vie qui s’ensuit, et du climat où prédomine le caractère superficiel: d’où les difficultés pour lire les signes des temps et discerner les priorités dans l’échelle des valeurs;

10. 2. – de la crise d’identité qui a secoué le monde catholique au cours des dernières années: tendances vers la sécularisation et l’horizontalisme; émergence d’une multiplicité de cultures et de modèles de vie; une certaine confusion dans le domaine de la recherche théologique; diminution du « sensus Ecclesiae » et influence de courants opposés au sein même de l’Église; l’absence d’une formation chrétienne et doctrinale suffisamment solide chez les jeunes, non sans rapport d’ailleurs avec la crise des structures éducatives traditionnelles.

B. – Problèmes plus spécifiques aux Instituts séculiers

Ils concernent:

11. 1. – la nature même de la vocation de ces Instituts, qui exige un effort constant de synthèse entre foi, consécration et vie séculière: une synthèse qui permette d’effectuer une mission vraiment séculière, en accueillant dans leur totalité les exigences évangéliques de la consécration à Dieu;

12. 2. – la situation des personnes qui sont normalement engagées dans des tâches et activités séculières: d’où les problèmes de temps, de déplacements, d’équilibre entre les diverses activités … Ces difficultés sont encore amplifiées du fait qu’elles touchent même les « formateurs », eux aussi fréquemment absorbés par une profession;13. 3. – le climat ecclésial dans lequel vivent les Instituts séculiers: cette vocation n’est généralement pas comprise par la communauté, ni les prêtres eux-mêmes (si bien qu’une direction spirituelle adaptée fait souvent défaut); quant au plan de l’action, si important pour la formation, il n’est pas rare que le charisme spécifique de ces Instituts ne soit pas mis en valeur dans la complémentarité et la co-responsabilité avec les autres dons de l’Église.

14. Cette énumération des problèmes pourrait être plus détaillée, et, pour des motifs particuliers, ils revêtent certainement des aspects plus aigus dans certains Instituts. Par exemple, ceux dont l’extension est internationale se trouvent, non sans difficultés, dans l’obligation de respecter et assumer les valeurs propres aux cultures dans lesquelles le charisme de l’Institut doit s’incarner.

15. Ce résumé suffit néanmoins à rappeler, si nécessaire, toute l’attention que demande le devoir de la formation dans les Instituts séculiers.

III.—PRINCIPES DE BASE


A. – Objectif final

16. Pour aider vraiment une personne à répondre à sa propre vocation et mission dans le monde, en conformité avec le dessein de Dieu, la formation dans un Institut séculier doit favoriser le développement intégral et unitaire de la personne elle-même, selon ses capacités et ses conditions.

17. Cette formation n’est pas facile, à cause d’un certain penchant à séparer les réalités naturelles et surnaturelles, alors que les unes et les autres doivent être considérées pareillement. Elle demande donc – de la part du sujet lui-même comme du formateur – une connaissance véritable de la personne en formation, et cela, non seulement en ce qui concerne ses dons spirituels et son cheminement de foi, mais aussi quant aux aspects humains d’intelligence, ouverture, sensibilité, équilibre, maturité affective et morale, capacité d’autonomie et d’engagement, etc.

18. Mais, de fait, les valeurs surnaturelles, celles qui précisément doivent assurer l’unité désirée, échappent en grande partie à notre action. En conséquence, la formation exige avant tout une éducation fondamentale à la foi et à la prière; on entend par là, ce rapport très personnel avec Dieu qui sait se traduire en fidèle adhésion à Lui à tout moment de la journée, et qui est riche en même temps de la présence des frères et de tout le créé. Ce rapport vivant et constant suppose que l’on soit formé aux « temps forts » de prière, et à une vie de communion avec Dieu dans l’effort même d’union avec les hommes. Alors, la prière aide à l’acceptation patiente de soi et des propres conditions de vie; elle aide donc à trouver l’équilibre et à s’assurer une solide croissance.

19. Ainsi la formation devient effectivement ce qu’elle doit être: une contribution humaine au travail invisible de la grâce, pour conduire la personne intéressée à la collaboration indispensable avec l’Agent principal qui est l’Esprit Saint.

20. Même à cet égard, la Vierge Marie est exemplaire, et devient « modèle à suivre » (Paul VI): elle qui adhéra constamment à la Parole et à la volonté divine et « se livra elle-même intégralement à la personne et à l’œuvre de son Fils », elle qui « avança dans son pèlerinage de foi, gardant fidèlement l’union avec son Fils jusqu’à la croix » ( LG 56 et 58).

B. – Caractéristique fondamentale

21. La vocation commune de ceux qui adhèrent au même Institut requiert, pour leur formation, des éléments relatifs au contenu et à la méthode, communs à tous. Mais Dieu appelle chacun par son nom: la formation, elle aussi, est nécessairement personnelle sous les aspects suivants:

22. 1. – elle doit être voulue et assumée par la personne en formation, qui en sentira la responsabilité en cherchant constamment à se réaliser elle-même à la lumière de Dieu. Une formation dans laquelle l’intéressé se limiterait à recevoir serait sans effet;

23. 2. – elle doit tenir compte de la personnalité de chacun, c’est-à-dire de l’ensemble de ses qualités et de ses limites, ainsi que du stade de développement auquel il est parvenu, par suite de la formation antérieurement reçue ou non;

24. 3. – enfin, elle doit tenir compte du « lieu » de formation, c’est-à-dire de la situation concrète de la personne à former: il importe en effet que celle-ci soit aidée à réaliser sa vocation personnelle, expression de la vocation spécifique de l’Institut, dans son contexte de vie et, partant, dans ses relations avec les autres.

25. En conséquence, la formation sera personnelle en s’intégrant dans un tout communautaire; la croissance de la personne dépend aussi bien de la capacité de se tenir en rapport avec les autres dans les différents secteurs de la vie; et elle dépend du sens plus ou moins développé de fraternité et de réelle communion à l’intérieur de l’Institut, communauté rassemblée par le Christ.

C. – Étendue de la formation

26. La formation doit embrasser tous les domaines de la vie, même si l’Institut n’a pas à donner une égale contribution dans chacun de ces domaines. En effet: d’une part, certains d’entre eux échappent, techniquement parlant, à sa compétence directe (domaine professionnel, politique, syndical, etc.); d’autre part, il faut considérer que, même sous des aspects moins techniques, les séculiers ont différentes possibilités de formation en dehors de l’Institut.

27. On peut se demander si la compétence de l’Institut, quant à la formation, se réduit à transmettre la connaissance de sa propre vocation et tout ce qui touche son charisme spécifique. Ou bien s’il lui appartient, avant tout, d’assurer une solide formation de base, pour suppléer aux manques trop souvent déplorés chez les candidats.

28. Même en donnant la préférence à ces deux aspects, il faut aider les membres, directement ou indirectement, à acquérir toute la formation dont ils ont besoin personnellement pour répondre à leur appel dans l’Institut et pour réaliser leur propre mission. L’un des devoirs du formateur sera de discerner dans quels domaines la formation reste nécessaire, quelles lacunes sont à combler, en quels points la mise à jour est urgente et vitale. En attendant, prendre chacun dans sa réalité concrète: sa formation de base personnelle, ses devoirs professionnels et sociaux, les possibilités offertes par son milieu de vie; l’aider en lui présentant d’abord ce qui est spécifique à l’Institut et en lui indiquant les moyens de formation à l’extérieur, mais aussi en suppléant éventuellement à ceux qu’il ne pourrait trouver, et en veillant à la coordination des divers éléments pour favoriser en chaque sujet l’unité désirée.

D. – Aspects particuliers

29. Les aspects et les domaines de la formation peuvent s’étudier en les distinguant, mais cela ne signifie pas en les séparant, car ils s’entrecoupent et parfois se superposent. Si l’on traite de chacun d’eux successivement, c’est pour en illustrer les contenus essentiels.

l. – Formation spirituelle

30. Dans ce domaine, il faut comprendre les exigences fondamentales de la vie de la grâce, ou de la vie de foi, pour des personnes consacrées à Dieu dans le monde. Ce sont des exigences que chacun doit faire siennes pour se renouveler de l’intérieur, pour vivre concrètement selon les conseils de l’Évangile, pour se donner totalement à Dieu et aux hommes, dans la fidélité à la vocation de consécration séculière au sein du propre Institut.

31. Vu le manque général de formation spirituelle chez les jeunes qui demandent à entrer dans un Institut, leur formation à cet égard doit être très concrète: elle doit leur apprendre à vivre les conseils évangéliques à travers des gestes et des attitudes de don à Dieu dans le service des hommes; les aider à saisir la présence de Dieu dans l’histoire de notre temps et dans l’histoire de chacun; les éduquer à vivre en acceptant la croix.

32. Ainsi la formation spirituelle générale s’insère et prend sa spécificité dans la formation spirituelle selon le charisme et la spiritualité de l’Institut. Les éléments qui reviennent dans tous les Instituts, même si l’accent peut varier de l’un à l’autre sont:

– formation à la prière et à la vie en présence de Dieu;
– approfondissement de la vie baptismale dans la consécration spéciale, exercice des vertus théologales et d’une foi adulte afin que tout l’être appartienne au Seigneur;
– écoute de la parole de Dieu, de manière individuelle ou communautaire, dans une méditation fidèle;- approfondissement du « sensus Ecclesiae », avec la prise de conscience que, par la consécration, toute la vie personnelle est donnée à l’Église et prend part à sa mission;
– formation adéquate pour rendre la personne capable de porter les valeurs spirituelles au sein de toutes les situations humaines.

2. – Formation doctrinale: biblique et théologique

33. La formation spirituelle exige un soutien doctrinal, celui offert par l’étude aussi bien de la Bible que de l’enseignement de l’Église.

34. Certes, la Sainte Écriture n’est pas réservée aux savants; toutefois, il n’est pas possible de la lire comme Parole de Dieu, si on ne l’étudie sérieusement, de manière à la saisir avec ses propres capacités. L’œuvre de l’Esprit Saint en nous est valorisée, et non empêchée, par 1’effort diligent accompli pour mettre le plus possible notre intelligence et notre coeur en attitude d’écoute. La formation doctrinale biblique devrait s’étendre à toute la Sainte Écriture, mais elle doit concerner au moins le Nouveau Testament, surtout l’Évangile.

35. De telles remarques valent pour l’enseignement de l’Église: il faut connaître et comprendre le Concile, le magistère du Pape, de l’Épiscopat… pour vivre sa foi de manière plus consciente et pour mieux s’insérer dans la communauté ecclésiale.

36. De nos jours, plus facilement que dans le passé, se présentent des occasions d’études bibliques et théologiques dans les différents diocèses. L’Institut doit faire en sorte que ces occasions soient mises à profit, tout en gardant l’obligation de les compléter éventuellement lui-même, par l’étude de la partie du magistère qui est propre aux Instituts séculiers.

3. – Formation psychologique, morale et ascétique

37. Cet aspect de la formation n’a pas tellement pour but une connaissance théorique de la psychologie et de la morale, mais plutôt la nécessité pour la personne en formation de se comprendre elle-même, de comprendre le milieu dans lequel elle vit, de prévoir les contrecoups qu’elle peut en recevoir. La recherche des facteurs d’équilibre, de maîtrise de soi, d’ouverture aux autres, s’impose pour former une personnalité mûre, responsable, riche de qualités humaines: tout cela, pour mieux correspondre au don de la grâce, moyennant un effort constant de conversion personnelle et une révision permanente de son propre témoignage de vie.

38. A l’aspect de connaissance doit donc correspondre un travail d’autoformation, dans lequel trouvent place les vertus d’abnégation et de mortification pour suivre le Christ en portant sa propre croix.

4. – Formation à l’apostolat séculier

39. Le travail et l’activité professionnelle, de même que toute présence dans la société, doivent devenir moyens de sanctification personnelle et moyens de sanctifier le monde de l’intérieur, en sachant y insérer les valeurs chrétiennes et tout d’abord la charité.

40. D’où l’importance de faire cheminer les membres de l’Institut au pas du monde et de l’Église, de les ouvrir à de vastes horizons, de les conduire à assumer courageusement leurs propres responsabilités; d’où l’importance de les former à accueillir « la transformation des mentalités et des structures » actuellement en cours, et à pénétrer « les façons de penser et de sentir » des hommes d’aujourd’hui, pour pouvoir « apprécier et interpréter toutes choses avec une sensibilité authentiquement chrétienne » (GS 7 et 62).

41. En conséquence, l’Institut a le devoir de favoriser une formation à la sécularité (au caractère séculier), comprise non seulement comme condition sociale, mais aussi comme valeur qui informe le style de vie, la pratique des conseils évangéliques, la mise en acte de l’engagement apostolique.

42. C’est une formation à la mission, en tant que participation à la mission évangélisatrice et sanctificatrice de l’Église dans le monde: et cela, par un apostolat de présence et de témoignage dans le milieu de vie et dans le cadre professionnel; par ce même apostolat de témoignage lorsque, pour des motifs divers (la maladie, l’âge, etc.), on n’a qu’une vie tout ordinaire pour participer à l’édification du Royaume; ou encore par un apostolat sous forme visible et directe, comme cela est demandé au chrétien conscient et engagé qui, par vocation spéciale, ressent l’urgence d’annoncer le Christ et l’amour du Père, et qui sait se mettre à la disposition de la communauté ecclésiale pour atteindre ce but.

43. En bref: formation à la sécularité comme façon de vivre sa vocation spécifique dans le monde et pour le monde; mais aussi formation au courage, à l’audace apostolique, à la volonté d’une meilleure préparation, au dépassement du respect humain.

5. – Formation professionnelle

44. Il a déjà été rappelé que l’Institut en soi n’est pas compétent pour intervenir directement sur le plan professionnel. Toutefois, il doit veiller à ce que la formation soit assurée en ce domaine, car la valeur du témoignage en dépend aussi.

45. I1 importe donc de sensibiliser les membres au devoir qui leur incombe d’acquérir la meilleure compétence possible pour leur profession, d’avoir des rapports convenables dans leur milieu de travail, de se préparer à des choix valables dans les secteurs culturel, social, politique, syndical. Ce sont là des conditions indispensables pour avoir un impact dans un monde où la culture et la technique tiennent la première place et où, trop souvent, la conscience professionnelle fait défaut.

46. L’exigence de la formation professionnelle doit être accueillie comme un service authentique au monde, en accord avec la vocation spécifique des Instituts séculiers.

E. – Dans une ligne d’unité

47. Ces différents aspects de la formation, en particulier celui de la formation spirituelle et à l’apostolat, trouvent leur orientation unitaire dans les constitutions de chaque Institut: celles-ci en effet constituent la proposition concrète de la vocation particulière et elles contiennent les lignes radicales de la physionomie spirituelle de quiconque est appelé à la vivre.

48. Les constitutions rénovées après le Concile Vatican II sont riches d’inspiration théologique, biblique et doctrinale, ainsi que d’exhortations stimulant à l’ascèse. Si un membre d’Institut séculier est formé sur de telles bases, sa formation sera essentiellement complète, en même temps que garantie – quant à sa validité – par l’approbation de l’Église.

49. Il est essentiel qu’entre la personne et les constitutions s’établisse une relation adulte, libre de la liberté des enfants de Dieu: il faut connaître et comprendre ce qu’elles expriment; il faut se mettre dans une attitude de disponibilité pour y lire la vérité qui appelle à un engagement généreux.

50. Ce rapport, évidemment, ne concerne pas exclusivement la période de première formation, où il importe de bien connaître ce que l’Institut offre et ce qu’il demande. Les constitutions, lues à la lumière de l’Évangile et des documents de l’Église, fournissent une matière d’étude, de réflexion et de révision qui reste toujours valable pour progresser dans la maturité chrétienne.

F. – Temps de formation

51. La formation devra présenter un caractère systématique dans la première période de vie dans l’Institut, mais elle ne peut se limiter à cela; bien plus, elle prend sa configuration parfaite à mesure que les choix se précisent, donc durant toute la vie.

52. Tous les éléments décrits ci-dessus valent aussi bien pour la formation permanente que pour la première formation, mais les accentuations seront différentes. Même la formation à la spiritualité et au charisme spécifique de l’Institut, si importante dans les débuts, devra se poursuivre continuellement, car le mode concret de vivre ces réalités évolue selon le temps, les lieux, les directives de l’Église, les besoins du monde. I1 s’agit d’une évolution intelligente qui nécessite donc une formation continue.

53. Les objectifs propres de la formation permanente sont multiples: elle supplée aux inévitables lacunes des premières périodes, elle constitue une aide indispensable pour une mise à jour continuelle, dans le discernement des vraies valeurs et dans une lecture éclairée des signes des temps; elle permet de surmonter les moments de fatigue dus à une vie intense, à l’isolement, l’âge, ou à d’autres circonstances; elle soutient l’effort constant de renouvellement spirituel en vue d’une fidélité totale et croissante, même si viennent à manquer l’élan et l’enthousiasme des débuts; elle stimule l’attention aux exigences nouvelles d’une présence apostolique.

54. Entre la période de première formation et celle qui suit, il peut surgir un danger de fracture susceptible de provoquer une crise. En effet, dans les débuts, la personne est normalement guidée avec assiduité par un responsable qui consacre du temps aux rapports interpersonnels et aux rencontres de formation; par la suite au contraire, ces moyens font défaut ou sont très réduits, et l’on ne peut parler d’une communauté physique qui en tiendrait lieu. I1 faut préparer les membres à une telle solitude, à travers une expérience d’autonomie et de responsabilité personnelle.

G. – Les formateurs

55. En conséquence, le choix d’un formateur qui ait les qualités voulues, demande une particulière vigilance. On doit faire attention à ses dons spirituels, à sa solidité comme membre de l’Institut, à son équilibre, son discernement, à sa capacité d’écoute, de respect, de compréhension des personnes.

56. La nécessaire formation des formateurs se présente aussi, une formation spécifique qui, d’une part, n’est pas différente de celle donnée à tous les membres de l’Institut, et d’autre part en est distincte. Par exemple, le formateur doit non seulement connaître l’Évangile, mais aussi la clef pédagogique qui lui en permet la transmission. I1 doit connaître et vivre les constitutions de l’Institut de manière à en communiquer toute la richesse, mais connaître aussi et savoir trouver les différents modes possibles pour quiconque de les vivre. Et encore: outre les éléments de psychologie indispensables pour savoir réagir face aux réalités de la vie, le responsable de la formation doit acquérir la capacité de juger de toute situation, celle d’indiquer les antidotes que la consécration séculière et la vocation de l’Institut exigent de telle personne dans une situation particulière donnée.

IV.—MOYENS DE FORMATION


A. – Plan de formation

57. Un programme de formation s’avère nécessaire, même s’il doit être suffisamment souple pour pouvoir s’adapter aux exigences réelles des personnes et aux circonstances de temps et de lieu; un programme fondé sur la Parole de Dieu, le magistère de l’Église, les constitutions de l’Institut et dont le projet, bénéficiant de l’apport de plusieurs personnes, soit le fruit de réflexion et d’expérience.

58. Échelonné selon les étapes de formation, ce plan doit être clair dans ses finalités, mais très ouvert en ce qui concerne les modalités d’application, pour être en fonction des personnes. Dans les Instituts de grande diffusion, il est souhaitable qu’il existe plusieurs programmes de formation pour tenir compte des cultures des différents milieux, pourvu que les grandes lignes de la formation assurent l’unité d’esprit et de vocation spécifique de tout l’Institut. I1 apparaît encore une fois évident que, dans un tel programme, l’utilisation et l’approfondissement des constitutions occupent une place essentielle.

B. – Moyens de formation spirituelle

59. Étant donnée l’importance capitale de la formation spirituelle, les moyens appropriés doivent être étudiés et présentés explicitement.

60. Une énumération pourrait comprendre: les exercices spirituels, les retraites périodiques, la liturgie et les sacrements, l’écoute personnelle et communautaire de la Parole de Dieu, la méditation quotidienne, l’échange d’expériences de foi, la réflexion – ensemble et isolément – sur les constitutions.

61. Face aux divers moyens de formation spirituelle, qu’ils soient directement utilisés par l’Institut ou qu’ils viennent du milieu où l’on vit, il faut souligner de nouveau que chacun doit se sentir personnellement et activement responsable de la manière dont il les fait siens.

C. – Contacts avec l’Institut

62. Les contacts avec l’Institut, orientés vers une formation intégrale et unitaire, peuvent être multiples: échanges de personne à personne, échanges entre personne et groupe, communications « à distance ».

63. 1. – Parmi les contacts de personne à personne, il faut donner une place prioritaire aux rapports réguliers que le membre en formation doit avoir avec le formateur: ces rapports aident les personnes à assumer les divers éléments de la vocation avec responsabilité et selon leur propre don, et à en faire une synthèse harmonieuse dans leur vie.

64. Il peut s’agir de colloques périodiques, de relations écrites, de correspondance régulière. Il est pourtant très utile que le formateur ne se limite pas à cela, mais qu’il cherche à rencontrer la personne en formation dans sa vie ordinaire; qu’il en connaisse le milieu d’origine, pour mieux saisir certains aspects de sa personnalité ainsi que son comportement face aux réalités et vis-à-vis des autres. Ce sont des occasions qui permettent de mieux individualiser les lignes pédagogiques en vue d’aider la personne à découvrir, développer, renforcer le sens qu’elle a de l’engagement et de sa responsabilité personnelle.

65. Outre les contacts avec le responsable de formation, le contact fraternel avec tout autre membre de l’Institut présente aussi une grande importance.

66. 2. – Mais le contact individuel ne suffit pas; il faut le compléter par des temps de vie communautaire, c’est-à-dire par ces rencontres fraternelles, indispensables pour la formation spécifique dans l’Institut, pour le contrôle et le soutien mutuels.

67. Ces temps de vie fraternelle peuvent varier notablement d’un Institut à l’autre, mais leur efficacité sur la formation est indiscutable. De telles rencontres, qui ne comportent pas seulement l’aspect d’amitié humaine, doivent constituer avant tout, des moments de confrontation avec la Parole de Dieu, afin de l’incarner dans les situations concrètes, différentes pour chacun mais mises en partage dans la communion. En effet, au niveau bilatéral aussi bien qu’au niveau du groupe, la valeur du dialogue réside dans la recherche commune de la volonté de Dieu, à travers la communication réciproque.68. Dans le cadre de ces rencontres, se situent également la transmission de l’histoire de l’Institut (charisme, fondation, premières démarches, développements …), dont la connaissance est fondamentale pour comprendre sa vocation propre et son insertion dans la mission de l’Église.

69. 3. – La possibilité des rencontres fraternelles se heurte fréquemment à de grosses difficultés: d’où la nécessité de prendre en considération les moyens écrits, même si la formation orale est plus efficace.

70. Parmi ces instruments de formation, il faut rappeler tous les écrits élaborés par l’Institut: lettres, circulaires, bulletins, questionnaires, revues, etc.; ils sont utilisés selon les traditions de chaque Institut – mais tous les membres, en fonction de leur capacité, devraient apporter leur contribution – et surtout ils doivent être reçus comme soutien du lien fraternel.

D. – Complémentarité des moyens de formation

71. Peut-on établir une hiérarchie d’efficacité dans les moyens de formation susceptibles d’être utilisés par les Instituts?

72. Pratiquement, les Instituts sont appelés à employer l’un ou l’autre de façon complémentaire, compte tenu des personnes à former et des possibilités réelles. En ce sens, on peut affirmer que tous les moyens sont nécessaires et se complètent réciproquement, devant l’exigence essentielle et permanente qui consiste toujours à assurer le développement de la personne.

73. Quelques suggestions peuvent être retenues en vue de surmonter des difficultés particulières:

74.

– le remède à l’isolement est la constitution de groupes: l’aide mutuelle garantit l’existence d’une stimulation qui permet de progresser même dans l’autoformation;
– on peut rechercher fort utilement des occasions de formation entre Instituts, sur des exigences et des points communs;
– on peut aussi penser à une aide fraternelle de la part de certains Instituts, offrant plus de capacités par le nombre de leurs membres ou leurs qualifications, à l’égard d’autres Instituts.

CONCLUSION

74. Les réflexions exposées, comme les suggestions faites dans ces pages, veulent être – nous l’avons dit – une aide pour les Instituts séculiers.

75. I1 est possible qu’elles suscitent une certaine crainte en quelque responsable d’Institut ou de formation: la tâche est trop lourde!

76. Certes, c’est une lourde tâche, mais elle doit être soutenue par la certitude en chacun que, même en se reconnaissant « serviteur inutile » (Lc 17,10), si l’on a fait toute sa part, le Seigneur intervient et arrive là même où ne peuvent ni se savent parvenir les formateurs: « qu’il accomplisse en vous avec puissance tout désir de bien » (2 Th 1,11).

Rome, en la fête de la Résurrection 1980