A l’occasion du Vème Congrès Mondial des Instituts séculiers, S.Em. le Card. Angelo Sodano, Secrétaire d’État,
a envoyé, au nom du Saint-Père, un message à S.Em. le Card. Eduardo Martinez Somalo, Préfet de la Congrégation
pour les Instituts de Vie Consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique.
Donné le 24 juillet 1992.
(De L’Osservatore Romano du 25.8.92)

Le Saint-Père, ayant pris connaissance du déroulement du Vème Congrès mondial des Instituts séculiers, m’a chargé de faire parvenir ses salutations cordiales aux organisateurs et à tous les participants à la rencontre.

Sa Sainteté exprime avant tout son appréciation pour le choix du thème, « Les Instituts séculiers et l’évangélisation aujourd’hui », qui s’intègre de manière opportune dans le cadre du plus ample engagement de l’Église pour la promotion de la nouvelle évangélisation. Il s’agit d’un processus de grâce, qui atteint le sommet dans la conversion du coeur, toujours nécessaire, entendue comme un retour à Dieu, Père charitable et miséricordieux, et de disponibilité envers nos frères, qui attendent notre compréhension, notre amour et l’annonce solidaire de la Parole révélée.

Aujourd’hui la mission évangélisatrice de l’Église doit tenir compte des profondes transformations culturelles et sociales de notre temps, qui peuvent souvent constituer un obstacle à l’action missionnaire au lieu de la favoriser. Les membres des Instituts séculiers sont bien conscients de ces défis, auxquels ils sont appelés à faire face, parce qu’ils ont reçu le don d’une « forme de consécration nouvelle et originale, suggérée par l’Esprit Saint pour être vécue au milieu des réalités temporelles, et pour introduire la force des conseils évangéliques – c’est-à-dire des valeurs divines et éternelles – au milieu des valeurs humaines et temporelles » (cf. Insegnamenti di Paolo VI, X, 1972, p. 943).

L’Esprit Saint leur a accordé la grâce de se conformer de manière plus radicale à Jésus sur le chemin qu’il a parcouru pour réconcilier les hommes, pour abattre la barrière de haine (cf. Eph 2,14) et pour recréer la Nouvelle Humanité. Pour réaliser pleinement tout ceci, il faut une « nouvelle ardeur »: l’on demande que les Instituts séculiers s’engagent de manière extraordinaire dans le témoignage de la nouveauté de l’Évangile. Sans une réponse plus ardente à l’appel à la sainteté pour communiquer l’Évangile de la Paix au monde qui va entrer dans le nouveau millénaire, tout effort se réduirait à une tentative sans aucune efficacité apostolique. Les méthodes pour communiquer la nouveauté de l’Évangile au monde doivent être également nouvelles. A cette fin les membres des Instituts séculiers doivent s’ouvrir aux nouvelles formes de communication qui leur sont offertes par le progrès de la technique. Mais il ne faut pas oublier que la communication doit s’adapter aussi à la nouveauté qu’elle est appelée à diffuser. Elle doit se distinguer par sa simplicité évangélique et par sa proposition gratuite (cf. Mt 10,8), afin de favoriser une réponse libre, responsable et joyeuse.

L’expérience de la recherche et de la rencontre personnelle avec le Dieu vivant est ce que nous avons de plus précieux à offrir aux hommes. Il ne fait aucun doute que l’appel à la sainteté est à l’origine de l’appel à la nouvelle évangélisation. Celle-ci requiert une profonde communion ecclésiale, qui commence au sein de chaque Institut et s’accroît en une communion affective et effective avec tout le peuple de Dieu. La relation étroite qui existe entre la construction de la communauté chrétienne et le service au monde a été clairement exprimée par le Saint-Père, Jean-Paul II, dans l’Exhortation apostolique Christifideles laici, où il affirme qu’il « est urgent de refaire partout le tissu chrétien de la société humaine. Mais il faut refaire le tissu chrétien des communautés ecclésiales elles-mêmes » (n. 34).

Mais la nouvelle évangélisation requiert aussi un service au monde. Les modalités de réalisation, selon les vocations particulières et les nécessités concrètes, sont nombreuses: le témoignage de vie, le dialogue et la participation active, le contact personnel, le service caché, la présence individuelle et communautaire, l’annonce et la dénonciation prophétique, la défense de la vérité et le témoignage de 1’amour. Il est important que dans un monde marqué par la « culture de la mort », mais qui aspire également aux valeurs de l’Esprit, les Instituts séculiers soient capables d’être des signes du Dieu vivant et des bâtisseurs de la « culture de la solidarité chrétienne ».

Le Saint-Père exhorte donc tout le monde à continuer de suivre ce chemin, à étendre les nombreuses initiatives d’animation chrétienne et à ne pas craindre d’être présents dans les différents « aréopages modernes » pour y proclamer en paroles et en actes la bonne nouvelle de l’Évangile. L’engagement pour la paix et le développement des peuples, la défense des droits de l’homme, la promotion de la femme et l’éducation des jeunes sont quelques-uns de ces « aréopages » du monde moderne, dans lesquels les Instituts séculiers doivent se sentir engagés.

Avec ces vœux, en invoquant sur tous les participants au Congrès et sur tous les membres des Instituts séculiers la protection de la Très Sainte Vierge Marie, Reine des Apôtres et Étoile de l’évangélisation, le Souverain Pontife accorde volontiers sa bénédiction apostolique, propitiatoire des plus abondantes faveurs célestes.

Je saisis volontiers cette occasion pour vous renouveler, avec mes plus profonds respects, l’expression de mon fraternel dévouement.

Angelo Cardinal Sodano
Secrétaire d’État